Laissez-les lire !

Une dynamique relationnelle et éducative.

 

Il y a dans l’enfant un potentiel qui a été longtemps contenu. Mais, au siècle dernier, peu à peu les portes se sont ouvertes. Maria Montessori est une figure emblématique de la lutte qui a été menée pour que le potentiel de l’enfant puisse s’exprimer dans tous les domaines. Il y a dans l’enfant une force de vie qui le pousse à découvrir le monde. Dans cet esprit, le rôle de l’éducateur n’est pas d’imposer, mais d’accompagner. « Laissez les lire ! » (1), tel est le titre que Geneviève Patte, cofondatrice puis animatrice de la bibliothèque enfantine pilote de Clamart, la « Joie par les livres », a donné à un ouvrage sur les enfants, la lecture et la bibliothèque, paru en 1987. Aujourd’hui, ce livre est réédité dans une version complètement actualisée et renouvelée, si bien que sous la belle couverture animée par une illustration de Quentin Blake, il nous paraît porter un message qui peut atteindre un grand public.

 

Geneviève Patte nous raconte la naissance et le développement des bibliothèques enfantines.  Très tôt, dès la fin du XIXè siècle, elles apparaissent dans les bibliothèques publiques anglaises et américaines . Leur éclosion en France, après la grande guerre, s’inscrit dans cette inspiration, mais un travail original est accompli qui s’exprime notamment dans la remarquable bibliothèque qu’est « l’Heure Joyeuse », rue Boutebrie à Paris. C’est là que, dans les années 50, Geneviève Patte découvrit une ambiance dont elle perçut la qualité exceptionnelle et qui fut pour elle une motivation déterminante. Au début des années 70, cofondatrice de la « Joie par les Livres », une bibliothèque pilote crée dans un quartier populaire de Clamart, elle va jouer un rôle pionnier dans l’émergence d’une nouvelle génération de bibliothèques enfantines.

En nous racontant quelques scènes de la vie des bibliothèques enfantines à différentes étapes de son itinéraire, Geneviève Patte nous permet d’entrer dans un univers dans lequel on découvre à la fois une dynamique enfantine et une harmonie relationnelle. Ainsi décrit-elle la « Joie par les Livres » à Clamart comme une « maison vivante et chaleureuse ».

 

 

Une dynamique relationnelle.

 

A la bibliothèque enfantine, la motivation des enfants pour la lecture s’inscrit effectivement dans un climat informel et convivial. Ce livre nous introduit dans différentes formes de vie relationnelle.

C’est le contact, le tête-à-tête de l’enfant avec le bibliothécaire. « Cest une longue tradition. La plupart des enfants ne trouvent pas facilement, dans d’autres milieux , ce mode de rencontre. Ici, l’échange est en effet considérablement enrichi par la médiation du livre. Relation précieuse, parce qu’à la fois personnelle et pudique, puisque c’est le livre qui réunit et offre la distance nécessaire. L’adulte recherche pour l’enfant ce qui peut convenir à son expérience. Le livre peut alors devenir comme une source jaillissante où l’enfant peut apaiser sa soif, à la mesure de ses besoins et trouver ainsi le goût de l’eau vive » (p 174). « L’aide personnelle apportée à l’enfant dans ses recherches est une occasion unique d’échanges et de rencontres. L’enfant apprécie cette confiance. Ne le juge-t-on pas capable d’apprécier ce qui est beau, grand, drôle, surprenant, subtil, ce qui vaut la peine ? « Jamais on ne m’avait montré autant d’attention. Jamais, on ne s’était intéressé à moi de cette façon. Grâce à ces échanges, je me sentais exister, je me sentais important », nous confie un ancien lecteur évoquant ses années passées à la bibliothèque » (p 176).

La bibliothèque enfantine permet aussi une lecture partagée entre enfants et adultes. C’est, par exemple, vivre ensemble la lecture d’albums. Ici, c’est une relation horizontale naturellement chaleureuse. « C’est un plaisir gratuit. « Tu me lis une histoire ? » Question quasi rituelle adressée aux adultes présents…Souvent on commence à lire avec un enfant et d’autres, intéressés, se rapprochent… Magnifique liberté du lecteur : la lecture ne lui est pas imposée. Il en décide librement. C’est alors à qui sera le plus proche de la personne qui lit… Pour mieux voir les images, mais aussi pour tourner les pages, faire un commentaire, signaler à l’occasion un élément qui surprend, amuse ou évoque quelque chose de la vie. Cette intimité confiante et rassurante fait partie du plaisir » (p 202).

Et puis, il y a aussi la lecture à haute voix d’une histoire par le bibliothécaire et « l’heure du conte », une véritable institution dans les bibliothèques enfantines. « La place centrale du récit, de la parole dite, signifie pour le bibliothécaire, un engagement vis-à-vis des enfants. Il raconte. Il a envie de partager son enthousiasme et il s’en donne le temps. en décidant de raconter, il accepte de livrer quelque chose de sa propre sensibilité. En retour, il reçoit l’expression spontanée de l’émotion de ceux auxquels il s’adresse dans ce précieux face à face ».

Il y a bien d’autres événements sociaux et éducatifs dans la vie de la bibliothèque enfantine : rencontres avec des personnes invitées, fêtes, expositions, différentes formes d’atelier. Cette gamme de relations, dans laquelle, à chaque fois, l’enfant est respecté dans sa démarche et peut également s’investir, est une caractéristique de la bibliothèque enfantine. Cette qualité et foisonnement nous paraissent exemplaires si bien qu’on pourrait s’en inspirer par ailleurs.

 

Regard sur la littérature enfantine : le choix des livres.

 

Bien sûr, la qualité des livres compte aussi. Geneviève Patte consacre plusieurs chapitres à un examen de la littérature enfantine. Comment choisir les livres à l’intention des enfants ? C’est une question qui n’intéresse pas seulement les bibliothécaires, mais nous tous qui sommes en rapport avec des enfants. Ces « repères dans la forêt des livres » traitent des différentes catégories de livres : albums, ouvres de fiction, ouvrages documentaires. Ces propos témoignent d’une expérience riche d’une grande proximité avec les enfants et nous y percevons également bon sens et discernement. Ces chapitres contribuent à faire de ce livre un ouvrage qui, au delà des bibliothécaires, s’adresse à un grand public concerné par l’éducation.

 

La bibliothèque enfantine : une entreprise pionnière appelée à une créativité toujours renouvelée.

 

Rétrospectivement, les bibliothèques publiques, parce qu’elles voulaient répondre à la démarche de chacun dans sa recherche personnelle et son besoin d’éducation, peuvent être considérées comme une première étape dans la marche vers une connaissance partagée et une intelligence collective telle qu’elle se manifeste aujourd’hui dans la communication sur internet. On sait que les bibliothèques publiques dans leur modernité sont nées en Angleterre et aux Etats-Unis. Il a fallu une action pionnière pour les instaurer en France. C’est chose faite, et bien faite aujourd’hui.. Les bibliothèques enfantines s’inscrivent dans la même histoire. En portant une conception nouvelle de l’éducation, elles étaient doublement « révolutionnaires ». Ainsi, note Geneviève Patte, « alors que partout ailleurs, dans les autres institutions éducatives, les enfants sont, en quelque sorte « classés » selon leur âge, leur niveau, leur sexe, « l’Heure Joyeuse », dès 1924, proposent d’emblée, comme ses prédécesseurs étrangers, le brassage vivifiant de garçons et de filles de tous les âges, cela n’étant pas sans effrayer un certain maître d’école qui suggérait qu’une petite barrière traverse la salle et sépare lecteurs et lectrices » (p 14).

Aujourd’hui, dans ses formes innovantes, comme « La Petite Bibliothèque Ronde » (2) à Clamart qui se développe dans la foulée de l’action pionnière de la « Joie par les Livres », la bibliothèque enfantine continue d’aller de l’avant. Geneviève Patte est engagée dans cette créativité.

Ainsi met elle l’accent sur « les petites unités de lectures » : bibliothèques de rue, bibliothèques hors les murs, bibliothèques à domicile, home library, bunko, etc, qui se développent à travers le monde. « Il s’agit bien de bibliothèques. Elles en ont les caractéristiques essentielles, mais elles n’ont pas de constructions à elles n’ont pas de murs au sens propre comme au sens figuré » (p 281). Ainsi « les bibliothèques deviennent nomades » « Nous ne pouvons rester assis dans notre tour d’ivoire, isolés, à attendre que les enfants viennent à nous… ». « Ce qui caractérise ces « petites unités de lecture », c’est une petite taille, leur simplicité, leur caractère souple et chaleureux aussi, et la médiation proposée. Il suffit souvent d’un tapis, de quelques paniers de livres bien choisis, et, bien sûr, d’une personne attentive aux uns et aux autres et toujours prêtes à leur faire découvrir la joie de lire » (p 282). Ces initiatives fleurissent dans certains pays d’Amérique latine, d’Afrique ou d’Asie. L’auteure de ce livre les a fréquentées et elle en parle avec enthousiasme.

La créativité se manifeste également dans le partenariat entre bibliothécaires et chercheurs tel que Geneviève Patte nous le décrit dans un chapitre très original : « la bibliothèque en recherche active ». Ainsi la « Joie par les livres » a su collaborer avec des associations comme ACCES (Actions culturelles contre les exclusions et les ségrégations) créée en 1982 par René Diatkine et qui « réunit dans la même réflexion des chercheurs et praticiens de diverses disciplines : pédiatres, psychologues et psychanalystes, anthropologues et linguistes, bibliothécaires, etc.. ».

Bien sûr, à une époque où les moyens de communication se transforment et progressent à toute allure, la bibliothèque est appelée à bouger elle aussi rapidement. Un chapitre est consacrée au nouveau visage de la bibliothèque à l’heure du numérique.

 

Une vision prospective.

 

          Dans la grande mutation où nous nous trouvons engagés, la bibliothèque, qui a été pionnière, peut demeurer une pièce majeure du nouveau paysage culturel si elle sait apporter sa contribution spécifique. Ainsi, en partenariat avec les nouvelles formes de communication comme internet, la bibliothèque apporte la dimension d’une relation vécue. « Dans un monde qui se technicise toujours plus, la bibliothèque met l’accent sur la communication humaine, les lieux et les relations interpersonnelles autour du besoin de connaître, de se reconnaître, de penser » (p 341). « La bibliothèque propose un environnement culturel, unique et profondément humain. En encourageant chacun à emprunter son chemin propre, elle favorise l’émergence des identités dans leur singularité. Elle offre un espace où l’expression des différences est possible, souhaitable et encouragée… Elle privilégie ce qui lie et relie à travers l’accueil, les rencontres, l’ « être ensemble », non pour se confondre, mais pour tenter de se comprendre » (p 340).

 

Un livre suggestif qui stimule la réflexion.

 

         Ce livre enrichit la vision et stimule la réflexion de ses lecteurs, bien au delà des questions professionnelles.

Dans ce qu’il rapporte de l’esprit de découverte, de la capacité d’émerveillement et aussi de l’intensité de la vie relationnelle des enfants, il croise les recherches récentes sur la spiritualité enfantine (2). A certains moments,  nous nous sentons en présence d’une réalité belle et harmonieuse  qui éveille une élévation de notre conscience.

Dans ce livre, tel que Geneviève Patte, nous le présente, le mouvement des bibliothèques enfantines nous apparaît comme une véritable épopée qui, au cœur de la grande mutation dans lequel le monde est engagé , nous en révèle une des potentialité, un nouvel état d’esprit  qui conjugue la joie de découvrir, la convivialité et le respect de chacun.  Au mieux, « at his best », la Bibliothèque enfantine est « une maison vivante et chaleureuse ». Il y a là une voie originale qui peut interroger et inspirer d’autres institutions éducatives, et même  éveiller un désir d’autres lieux dans notre société où l’on puisse vivre des relations aussi bienfaisantes. Le titre de ce livre : « Laissez-les lire » appelle à la reconnaissance de la dynamique créative des enfants. Et comme cette réalité nous est décrite comme bien réelle lorsqu’elle est encouragée par un environnement favorable, il y a là plus généralement un encouragement à reconnaître de nouveaux possibles, une invitation à une vie meilleure.

 

Jean Hassenforder

        

(1)            Patte (Geneviève).Laissez-les lire ! Mission lecture. Gallimard, 2012

(2)            La Petite Bibliothèque Ronde : www.lapetitebibliothequeronde.com et www.enfance-lecture.com

Sur ce blog : « L’enfant, un être spirituel » (février 2012). Voir aussi : « Découvrir la spiritualité des enfants : un signe des temps. http://www.temoins.com/etudes/decouvrir-la-spiritualite-des-enfants.-un-signe-des-temps.html

 

L’enfant : un être spirituel

 

 

 

 

 

 

Souvenir personnel et sans doute souvenir de beaucoup d’autres : lorsqu’il vient au monde, le petit enfant engendre une dynamique d’amour chez ceux qui l’accueillent. Quelle merveille !

Tout récemment, dans une enquête, en réponse à la question : « Quel événement à venir pourrait susciter un émerveillement de votre part ? », la naissance arrive en tête (38%), suivie d’assez près par la joie d’un  enfant (33%) (1).

Cependant, d’après le travail des historiens, on sait que l’attention et le respect portés à l’enfant n’allaient pas de soi autrefois. Loin de là. Cette attention et ce respect se sont développées à partir du moment où les sociétés sont peu à peu sorties de l’oppression engendrée par la mortalité infantile, la sous nutrition, une violence latente…Pendant longtemps, en regard des adultes, le statut des enfants a été négligeable. Au début du XXè siècle encore, les mentalités ne sont pas prêtes à reconnaître le potentiel du petit enfant. A travers une œuvre pionnière, la doctoresse italienne, Maria Montessori, met en valeur ce potentiel, et, dans un livre rayonnant : « L’enfant » (2), elle parle de celui-ci en terme d’ « embryon spirituel ». Aujourd’hui où le concept de spiritualité est désormais reconnu et jouit d’une large audience, des recherches récentes viennent de mettre en évidence les dispositions spirituelles présentes chez l’enfant. Une recherche, réalisée par Rebecca Nye et David Hay, auprès d’enfants britanniques de 6 à 10 ans, a mis en évidence leurs aptitudes spirituelles en terme de « conscience relationnelle » (3).

Rebecca Nye nous décrit ainsi la spiritualité des enfants (4).

« La spiritualité des enfants est une capacité initialement naturelle pour une conscience de ce qui est sacré dans les expériences de vie. Cette conscience peut être ressentie ou pas, mais dans les deux cas, elle influe sur les actions, les sentiments et les pensées. Dans l’enfance, la spiritualité porte particulièrement sur le fait d’être en relation, de répondre à un appel, de se relier à plus que moi seul, c’est à dire aux autres, à Dieu, à la création ou à un profond sens de l’être intérieur (inner sense of self). Cette rencontre avec la transcendance peut advenir dans des expériences ou des moments spécifiques aussi bien qu’à travers une activité imaginative ou réflexive » (p.6).

Beaucoup d’expériences quotidiennes dans la vie de l’enfant se prêtent à un vécu spirituel. Aussi comprendre l’enfance est fondamental pour une compréhension plus générale de la spiritualité. Comprendre l’enfance, c’est percevoir entre autres, les réalités suivantes :

« ° Les enfants ont une façon plus holistique de voir les choses. Ils ne les analysent pas autant si bien que leur perception a un caractère plus mystique.

° Les enfants sont particulièrement ouverts et curieux. Aussi ont-ils une capacité naturelle d’émerveillement.

° La vie émotionnelle des enfants est au moins aussi forte que leur vie intellectuelle. Aussi savent-ils ce que c’est de s’abandonner à des forces qui transcendent leur contrôle.

° Les enfants manquent de connaissances sur beaucoup de choses. Pour eux, le mystère est une réalité profonde, généralement non menaçante, amicale et ils y répondent par un respect et une recherche de sens dans tous leurs jeux quotidiens.

° Les enfants acceptent que leurs mots ne suffisent pas à décrire pensées et sentiments. Aussi savent-ils que la valeur et l’importance réelle dépassent ce qui peut être dit. Ils se sentent à l’aise dans l’ineffable, l’indicible » (p.8)

« La découverte majeure de toutes ces études est que la spiritualité est une caractéristique commune naturelle, chez la plupart des enfants, probablement tous. Certainement aucune étude ne fait apparaître un type d’enfant qui ne possède pas des aptitudes spirituelles actives. D’un point de vue chrétien, cela fait sens, puisqu’on comprendrait difficilement pourquoi certaines personnes seraient créées sans une capacité instinctive de répondre à notre Créateur » (p.9). Les études sur la spiritualité des enfants éclairent notre compréhension de la spiritualité des adultes . « Un nombre surprenant d’adultes citent un souvenir d’enfance comme leur expérience spirituelle la plus importante… ». Au total, on constate que « la spiritualité des enfants est plus naturelle qu’apprise, que peut-être le terrain le plus fertile pour la spiritualité se situe dans l’enfance , que la spiritualité de l’enfance se répercute sur l’âge adulte, et que la spiritualité est profondément relationnelle » (p.11).

 Ces recherches viennent apporter une confirmation de ce que nous ressentions plus ou moins clairement. Oui, l’enfant est un être spirituel. Pendant des siècles, cette réalité a été largement méconnue. Ainsi les paroles de Jésus concernant les enfants étaient à contre courant. Aujourd’hui, elles retentissent avec une force inégalée. Maintenant, elle inspire les théologiens (5) et, pour nous, elles éclairent notre cœur et notre entendement. Jésus dit : « Laissez les petits enfants, et ne les empêchez pas de venir à moi ; car le Royaume des Cieux est pour ceux qui leur ressemblent » (Matthieu 19.14). « Quiconque reçoit en mon nom un de ces petits enfants me reçoit moi-même…( Marc 9. 37) ». Le commentaire de Rebecca Nye est éclairant : l’approche de Jésus vis à vis des enfants paraît appuyer l’idée que leur spiritualité reflète un état d’être quotidien. Les enfants sont accueillis et bénis et c’est au hasard que Jésus met un enfant en évidence. Cette réflexion nous éclaire sur la portée des recherches sur la spiritualité des enfants. De la même façon, Jésus s’est référé aux enfants (sans spécifier leur âge) comme « ceux dont les anges dans le ciel voient constamment la face de mon Père dans les cieux » (Matthieu 18.10). Cela suggère que les enfants jouissent d’une perception toute particulière.

C’est une forte invitation à penser que les adultes ont des choses à apprendre de la manière des enfants d’être simplement eux-mêmes et sur la relation pouvoir autorité entre les adultes et les enfants.

La découverte actuelle de la spiritualité des enfants s’inscrit dans le tournant culturel et religieux en cours durant les vingt dernières années (6). Mais, en même temps, ce phénomène est l’aboutissement de tendances à plus long terme. Ainsi le courant de l’éducation nouvelle se manifeste tout au long du XXè siècle. De même, le thème de la spiritualité a pris une importance croissante dans les dernières décennies.

La prise de conscience de la dimension spirituelle des enfants marque également une rupture avec les séquelles d’idées et de représentations installées en Occident pendant des siècles. Ainsi l’enfant était perçu comme entachée par une corruption issue du péché originel avec toute la représentation négative qui en résultait. On frémit à la manière dont certains envisageaient le sort des enfants décédés sans avoir été baptisés. Et par ailleurs, en mettant l’accent sur la petitesse et l’humilité des enfants et non sur leur potentiel de vie, la perception traditionnelle était aussi empreinte de négatif. Mais, en même temps, la reconnaissance croissante de la spiritualité des enfants s’affirme aujourd’hui à l’encontre d’une idéologie scientiste, rationaliste qui a occupé une place importante dans le paysage culturel du siècle dernier. Bien sûr, on doit également se garder d’une idéalisation excessive de l’enfant. Celui-ci participe à notre humanité avec ses travers et ses dérives, mais une vision nouvelle est apparue.

Aujourd’hui, nous assistons au développement d’une représentation nouvelle de la vie humaine. « Bénir, signifie littéralement : appeler le bien à se manifester », nous dit Rebecca Nye. Ainsi avons-nous besoin de reconnaître le bien là où il est pour l’encourager à s’épanouir. Voilà une approche souhaitable dans notre représentation de l’homme bien au delà de l’enfance.

L’enfant : un être spirituel. C’est un regard nouveau. Nous découvrons ce que nous pressentions. Quelle merveille !

 

JH

 

(1)            Sur ce blog : Ce qui nous émerveille. Sur le site de Témoins : « Reconnaître le fait spirituel : un sondage sur l’émerveillement » http://www.temoins.com/enqu-tes/reconnaitre-le-fait-spirituel.-un-sondage-sur-l-emerveillement.html

(2)            Montessori (Maria). L’enfant. Desclée de Brouwer (édition originale : 1936)

(3)            Hay (David). Something there. The biology of human spirit. Darton, Longman and Todd, 2006. Sur le site de Témoins : La vie spirituelle comme « conscience relationnelle ». http://www.temoins.com/etudes/la-vie-spirituelle-comme-une-conscience-relationnelle.html

(4)            Nye (Rebecca). Children’s spirituality. What it is and why it matters. Church House Publishing, 2009

(5)            Sur le site de Témoins : « Découvrir la spiritualité des enfants. Un signe des temps ». Un chapitre sur la théologie de l’enfant. http://www.temoins.com/etudes/decouvrir-la-spiritualite-des-enfants.-un-signe-des-temps/toutes-les-pages.html

(6)             Sur le site : expérience et théologie : Ursula Tissot. Comment le Dieu qui s’est fait enfant rejoint notre enfant intérieur. http://www.experience-theologie.ch/reflexions/ressourcement/comment-ce-dieu-qui-s’est-fait-enfant-rejoint-notre-enfant-interieur/